Clüpchnick

L'amour entre deux portes Acte 2

... je m’aperçois que j’ai une protubérance inhabituelle sur le devant de ma robe de chambre ...

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Pas de temps de pose entre les deux actes. Il ne faut surtout pas laisser le temps aux malheureux dans la salle de repiquer du nez sur l’accoudoir de leur fauteuil. Le rideau se lève. Où plutôt, dans notre cas, il se retire. Encore une bêtise théatreuse qui permet de dire lever de rideau alors que dans la plupart des cas sa place est en coulisse.

Je sors de ma salle de bain en maugréant. Tiens, encore un joli mot ! Au lieu de dire en faisant la gueule et en râlant, pourquoi ne pas dire en maugréant ? Pourquoi maugrée-je ? Tout simplement parce que mon bain était froid. Enfin quand je dis mon bain, c’est surtout la douche que m’a envoyée l’accessoiriste sur le coin de la figure, par l’intermédiaire actif d’un seau dûment rempli au lavabo des loges qui n’ont même pas l’eau chaude (l’accessoiriste qui ne l’a pas inventée, le seau même pas percé, le lavabo pas beau et les loges qui n’en sont qu’une !).

Résultat des courses, je rentre sur scène trempé comme une soupe froide et à moitié à poil parce que cet imbécile, pressé par le temps, n’a pas attendu que je sois dessapé pour me balancer la sauce ! Un peu comme ton premier rendez-vous avec le fils de l’épicier dans l’étal de salades. Du coup, j’ai eu juste le temps d’enlever mes fringues et de remettre une robe de chambre avant de sortir de la salle de bain qui par la même occasion me faisait entrer en scène … En maugréant.

« Cochonnerie de baignoire … Elle est encore bouchée ! Le plombier va m’entendre, il m’a assuré que ce nouveau siphon à rétropulsion inversement synchronisée était le must (en français dans le texte, au cas où vous auriez eu la tentation de le traduire.) était donc, le must en tant qu’évacuation sanitaire pour le particulier que j’étais. »

Je me précipite sur le téléphone, je tapote un numéro au pif sur le clavier, puisque de toute façon il n’est  relié à aucun standart téléphonique. Je fais mine d’attendre … Puis :

« Allô ! Allô ! La plomberie Devot ? (En général ça fait rire …) Je suis encore bouché … Je sais bien que vous n’êtes pas proctologue, je vous que je suis bouché … Mais non, je suis écrivain pas boucher Ce qui est bouché … C’est ça à l’émeri … Ohh mais (petit signe d’agacement de ma part)… C’est ma baignoire qui est bouchée ! »

Ding, dong !

« On a frappé … Non, pas sur le siphon, à la porte! … ne quittez pas ! »

Je mets le combiné dans la poche de ma robe de chambre et je vais ouvrir. Une jeune fille en tenue de soubrette complète (espèces de cochons !) apparait dans l’encadrement de la porte. Je ne lui laisse pas le temps de s’exprimer.

« Ah, vous êtes Maria ? Entrez-donc, je suis à vous tout de suite. »

Je cherche mon téléphone partout, m’aperçois que j’ai une protubérance inhabituelle sur le devant de ma robe de chambre et en conclu que c’est le téléphone.

« Allô ! Oui ? C’est encore. J’aimerai que vous vinssiez chez moi pour vérifier mon écoulement. Non pas demain, il va falloir que j’évacue… Mais non, il n’y a pas de poils ! J’ai tout enlevé ! Quand je tripote le levier ? Et bien, ça se lève mais il n’y a rien qui sort … Quand je vous dis que je suis bouché !

Vous m’avez fait payer le maximum la dernière fois, mais ça ne marche toujours pas ! C’est cela monsieur Devot, envoyez-moi Henri  … Je l’attends ! »

Cette fois-ci je raccroche je  jette le téléphone sur le canapé et je me tourne vers la demoiselle qui me regarde avec de grands yeux.

« Vous avez des soucis de santé ? »

« Des soucis de santé … »

« Et bien oui … Vous n’évacuez plus et malgré votre épilation complète quand vous vous tripotez ça se lève mais y a rien qui sort ? »

« Mais non ! C’est de ma baignoire qu’il s’agit ! Elle est bouchée… »

« Ah, je préfère. Sinon … c’était gênant pour vous ! »

« Dites-moi, vous êtes Maria c’est ça ? »

« Oui … enfin … presque, moi c’est Olga. Je suis la sœur jumelle du voisin de chambrée du cousin de son beau-frère. Quand je suis passée la voir pour lui demander un renseignement culinaire rapport à la dose de sel qu’on doit mettre dans l’osso buco à la mode indochinoise, elle avait l’air débordée par le travail que lui avait donné M. Hubert et vu qu’ensuite, elle devait aller chez son esthéticienne qui doit lui faire un masque aux cucu... cucu bites assez … Enfin aux concombres d’Amazonie (C’est nouveau et ça enlève bien les comédons !) Elle m’a demandé de venir à sa place et me voilà. Mais surtout, vous ne lui direz pas que je vous l’ai dit ? Elle m’a fait promettre de dire que je m’appelais Maria, parce qu’il parait que M. Hubert est très à cheval sur les principes et comme il vous a dit qu’il vous prêtait Maria, il fallait que je m’appelle Maria, mais en fait c’est Olga. Voilà. Je n’ai jamais su mentir à un homme en robe de chambre qui a une baignoire bouchée. »

Je reste bouche bée comme deux ronds de flan oubliés sur une plaque de verre après un concours de gobage de flan.

« D’un autre côté, des hommes en robe de chambre qui ont une baignoire bouchée … Vous ne devez pas en rencontrer souvent ! »

« C’est pour ça qu’il ne faudra pas dire à Maria que je vous l’ai dit, sinon elle ne vous croira pas ! »

Hubert rentre en coup de vent dans mon salon !

« Maria est là ? … Bonjour mademoiselle … Tu ne me présentes pas ? »

Olga me fait les signes désespérés d’un naufragé à qui on a jeté une bouée de décoration en béton armé.

« Maria ? … Euh oui, elle est … Elle est dans la salle de bain ! Mais bien sûr que je vais te présenter. Je te présente donc … Olga … c’est … »

Et voilà qu’elle intervient pour me tirer d’embarras :

« Sa nièce … Je suis sa nièce du côté du frère de sa sœur qui m’a élevée comme sa fille »

Hubert est surpris.

« Tu as une nièce petit cachotier ! »

« Oui, Olga est norvégienne … Tu sais le pays de l’omelette. C’est pour ça qu’elle ne vient pas souvent … La longueur du trajet ! Olga je vous présente … je TE présente, puisque tu es ma nièce, j’ai le droit de te tutoyer, Hubert mon voisin du dessous qui habite un étage plus bas »

« Evidemment, elle avait compris ! Jolie tenue mademoiselle … Vous allez à un bal costumé ? »

« Bien sûr que non, je suis venue voir tonton pour qu’il me fasse répéter mon rôle de soubrette qu’il … va écrire pour moi. Je suis … actrice ! »

Hubert me tire par la manche de ma robe de chambre et me dit avec une haleine qui me fait comprendre qu’il a trouvé ma bouteille de pur malt 12 ans d’âge sur la table du côté jardin :

« Petit canaillou ! Joséphine est à peine partie que déjà ta … nièce … rapplique ! Ah les écrivains ! »

Je fais la moue, ce qui est plus facile à faire sur scène que l’amour dans une pièce de réputation familiale.

«Tu te fais des idées Hubert ! »

« Tatata ! Dis ce que tu veux, ça restera entre nous ! En attendant, tu pourras dire à Maria qu’elle revienne assez vite après avoir rangé ton … chez toi, j’avais oublié, mais ce soir j’ai des invités et je vais avoir besoin d’elle. Cachotier va ! »

Là, le jeu de scène aurait voulu que je me prenne une bourrade amicale de sa part, donc il prend son élan, mais comme il m’a sifflé ma bouteille, au dernier moment je m’écarte et il part valdinguer dans le décor.

« Ne bois pas trop ce soir, Hub ! »

Ce n’est pas dans le texte, mais ça m’a fait plaisir de lui dire. Il s’en va un peu furax. Peuvent en témoigner les gonds de la fausse porte qui gémiront jusqu’à la fin.

« A nous deux Olga ! »

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