Clüpchnick

L'amour entre deux portes

"Un petit coup ... mais vite fait !"

(Version remasterisée de mon vaudeville.)

Acte 1 Où il est question de beaucoup de chose et surtout du thème principal avec une nana, pardon, une narration  active qui ne ménage pas le lecteur mais il faut dire aussi que cet acte consiste d'abord à présenter le lieu, les personnages et d'autres petits détails.

 

Scène unique de l’acte qui aurait pu s’appeler Scène 1 si une deuxième l’avait suivie dans la foulée de l’envol lyrique satyrique et non épistolaire de ce qui suit maintenant.

 

Je suis confortablement installé dans mon canapé cuir pleine peau de vache (pure belle-mère, j’aime trop les animaux !) quand le rideau s’ouvre. J’ai un peu le trac, mon talent ne me permettant pas de ne pas en avoir(1) car je dois en avoir trop (2). Peu importe, la bouteille qui trône sur la table de jardin installée du même côté dans la coulisse, m’a procuré par son pur malt d’ado pré-pubère (environ douze ans d’âge) un regain d’énergie qui me fait oublier les quatre pékins vautrés dans leur fauteuil « moleskiné » au bas de la scène et qui souhaitent, par leur présence, refaire une jeunesse à leurs zygomatiques atrophiés par des semaines de dur labeur non  pasteurisé.

Ah ! Vous n’avez pas entendu les trois coups ? Normal, il n’y en pas eu. On a eu une réduction de budget sauvage, ou plutôt une augmentation des charges sur la location du théâtre qui ne nous a pas permis d’embaucher le technicien spécialisé dans cet acte primordial et important par sa technicité intrinsèque qui nécessite une coordination rythmique et brutale dans l’emploi d’un bâton, somme toute dangereux puisque le gars Lully en a fait les frais lors d’une représentation devant le roi soleil en se donnant un coup sur les arpions. Il en est mort … Authentique ! …
Mais moi je les voulais mes trois coups ! L’essai  a donc été fait lors de la dernière répétition avec le petit fils du cousin du metteur en scène qui était en garde chez la femme du boucher qui nous a amené les saucisses pour le repas. Le loupiot, dès qu’il a eu le bâton en main, a dézingué le lustre qui était au-dessus de lui, en essayant d’assommer sa sœur qui s’était moqué de lui parce qu’il avait la braguette ouverte. Donc … On a fait une croix sur le lustre du salon et sur les trois coups, d’autant qu’il faut en frapper beaucoup plus que ça (alors pourquoi appeler ça les trois coups … Je vous pose la question ?) et à cinq ans et demi, le petit gars (le petit fils du cousin du metteur en scène qui était en garde chez la femme du boucher, pour ceux qui ne suivent pas !) n’était pas vraiment apte pour cet acte délicat.

Le rideau s’ouvre donc sur ma sympathique personne dans mon canapé, sans les trois coups ! Les spectateurs encore endormis ne sont donc pas réveillés brutalement et seuls, trois applaudissements fusent de-ci, de-là dans la salle assombrie. Sûrement des insomniaques.

Je suis donc dans mon canapé un peu éméché (moi, pas le canapé … Ah le malt d’ado pré-pubère…) et je tapote allègrement sur mon ordinateur portable. J’ai oublié de préciser une petite chose qui a son importance : je suis écrivain (mais je le dirai plus tard…) donc en robe de chambre. CQFD !

Le téléphone sonne. Driiinnnng, driiiinnnnng ! (petit budget oblige, désolé)


Je décroche « Allô, … Ah, c’est toi chérie ! (C’est ma femme.) Tu es bien arrivée à ta cure ? (Elle est un peu alcoolique depuis le succès de mon dernier roman « le dernier pour la route ») … Non chérie, tes amies n’ont pas donné signe de vie… d’accord … Je ne leur dirai pas pour l’alcool … Que je leur dise quoi ? … Une opération des … varices ?!? … Bien, pas de problème je leur dirai ça. Mon roman ? Ahhh il avance à grand pas ! J’ai déjà trouvé le titre … « Alors un p’tit coup, mais vite fait ! » … Mais non, c’est le titre ! … »

Toc, toc, toc ! « On a sonné mon amour. Faut que je te laisse… A bientôt … Bonne cu… Oui je n’oublierai  pas … des varices … Bisous, je vais ouvrir ! » Clac, je raccroche. Le coup de rein qui fait bien des envieux et rêver les jeunes filles m’extirpe facilement du canapé. Dans le mouvement, mon portable se casse la figure, mais je m’en tape … c’est un vieux clou hors d’usage qui donne le change aux spectateurs. Je le ramasse, le repose sur la table et je vais ouvrir. Un coup d’œil dans le judas (Le traître !)

« Tiens … C’est Hubert ! » déclamé-je à la cantonade pour que tout le monde puisse suivre l’action. Et j’ouvre.

Rentre alors Hubert. C’est mon voisin du dessous qui rentre dans mon salon avec une perruque verte, une écharpe mauve, une veste à carreaux et des bottes de pêcheur. Il brandit une pancarte sur laquelle on peut lire : « A mort les patrons ! »  

« Hubert, tu es encore allé manifester ! »

« Ah bon ? … Et… comment le sais-tu ? »

« A cause des bottes ! Tu les avais lors de la dernière manif contre les mangeurs d’huîtres cuites ! »

« Toi, tu es observateur. » Il rentre, pose sa pancarte, enlève sa perruque et s’affale dans mon canapé en posant ses bottes de pêcheurs, et ses pieds par la même occasion, sur ma table basse.

« Normal, je suis écrivain. » Voilà je l’ai dit !

Hubert jette un regard errant l’air perdu (je sais … j’en rajoute toujours !) autour de lui :

« Joséphine n’est pas là ? »

Vous me direz … mais qui est Joséphine ? Et je vous répondrai que ce texte est tellement bien fichu que vous n’avez qu’à lire la suite pour le savoir.

« Non, elle est partie en cure … Pour ses varices ! » devant l’air éberlué de mon voisin je ne pu m’empêcher de rajouter. « Elle buvait de trop ! »

« C’est pour ça que c’est le bazar dans ce salon. Tu n’es pas le roi du ménage, toi ! »

« Non, je suis écrivain et je n’ai pas la chance d’être un patron comme toi qui a les moyens  de se payer une femme de ménage à domicile ! Au fait, qu’est-ce que tu faisais, toi le grand patron à une manif anti-patrons ? »

« Bah, je recrutais ! J’ai besoin de personnel pour mon usine de Fouzy-Sur-Scène et j’ai fait signer quelques contrats très avantageux à des jeunes sous prétexte d’une pétition ! »

« Très avantageux ? » m’étonnai-je.

« Oui … Pour moi, bien sûr ! » Hubert souleva une boîte de pizza qui baillait aux corneilles à côté de lui. (Vous ne l’aviez pas vu ?) « Si tu veux, je peux t’envoyer Maria … Elle pourrait remettre un peu d’ordre dans ton gourbi ! »

Là, je vous attendais ! Quoi Maria, c’est stéréotypé … d’un classique … La bonne espanico-portugaise, c’est éculé (j’aime bien ce mot…) comme prénom de femme de ménage, ce à quoi je vous répondrai, d’un air entendu : Et alors !?!

Pendant qu’Hubert me fait cette proposition, je me dirige vers le bar situé derrière le canapé sur votre droite tout au fond, à côté de la bibliothèque. Vous situez ? Donc je m’approche du suce-dis bar, je me baisse un chouïa, je l’ouvre et je m’aperçois qu’il est vide. Là, mon jeu de scène consiste à montrer la stupeur sur mon visage poupin, j’ouvre la bouche (version dentiste, pas cul de poule !), je fais les yeux ronds tout en me redressant et en me tournant afin de dégager mon corps d’athlète de mâle viril sûr de moi enrobé de chambre (pour ne pas dire vêtu d’une robe de chambre –zut, je l’ai écrit !-) et ainsi montrer l’état de « vidité » du bar qui n’en a alors que le nom puisque sans contenu.

« D’accord, envoie-moi donc Maria. Je ne t’offre pas à boire car Joséphine a tout bu avant de partir pour sa cure … Variqueuse … »

« Pas de problème je dois y aller. Je ne t’embête pas plus longtemps. Ton roman ne va pas avancer tout seul. » Il jette un œil sur l’écran mon ordinateur.

« Joli titre … Mais il manque la suite ! Bon, je t’envoie Maria. A plus tard ! »

Il sort difficilement du canapé, se prend les bottes dans le tapis et se rattrape de justesse à mon ordinateur portable qui se reprend un billet de parterre mais je m’en moque parce que c’est un faux, le ramasse, le jette sur la table toujours aussi basse et se dirige vers la porte stoïque et digne comme un gladiateur qui aurait réussi à dompter le minou de ta femme pendant que tu étais en train de lire cette fabuleuse pièce de théâtre.  

Je referme la porte sur lui après lui avoir balancé sa pancarte et le rideau se referme sur moi non sans m’avoir laissé le temps de déclamer ma dernière réplique de l’acte que je déclame donc en me dirigeant vers la porte de la salle de bain :

« Je vais me faire couler un bain. »

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