Ma commandante, une feuille d'érable, un abordage et moi (Episode 4)

« Barre à bâbord toutes ! Tirez les haubans ! Nourrissez le grand phoque, et vogue la galère ! » Les filles sont un peu désorientées par mes ordres, mais c’est moi le capitaine de ce raffiot. J’en profite un peu parce que le commandant est en train de se refaire une beauté dans sa cabine … Manière un peu curieuse mais plus polie de dire qu’elle est aux chiottes ! J’y passe pas mal de temps moi aussi, mais je ne dis pas que je vais me repoudrer le nez ! Faut dire que les filles ont pris l’habitude de mes haut-le-cœur à chaque grosse vague qui passe !
« Navire à l’horizon ! » Je m’essuie d’un revers de manche le menton encore souillé de mes derniers exploits stomaciques et je fais appeler ma commandante !
« Pas la peine, j’ai entendu » dit-elle en reboutonnant son futal ! « Qu’est-ce que c’est comme bâtiment Capitaine ? »
J’ajuste ma longue vue sur mon œil valide et je regarde … Un, deux, trois : C’est une jambe de bois …
« C’est un trois mats de plusieurs tonneaux (je ne sais pas ce que ça veut dire mais comme c’est du jargon de marin …) avec … »
Quatre cinq, six : En bois de réglisse … Sept, huit, neuf : Mieux qu’en corne de boeuf … Dix, onze, douze : N’soyez pas jalouses !
« Deux lignes de douze canons au moins sur un côté ! … Il a un drapeau … On dirait une feuille de vigne … Faut être bête pour mettre une feuille de vigne sur un drapeau … Comme si nous on mettait une banane sur le notre ! Personne n’aurait peur de nous ! »
« La banane, c’est vous Capitaine Clüpchnick … C’est une feuille d’érable ! Un navire canadien ! » Ma commandante me regarde avec un drôle d’air réprobateur qui me glace de la jambe de bois jusqu’à mon crochet en caoutchouc. Il fallait que je dise quelque chose :
« Chouette on va pouvoir refaire le plein de sirop, il n’y en avait plus pour le p’tit déj! Branle-bas de combat ! »
Encore une expression bizarre de la marine de guerre ! Je veux bien branler bas mais pourquoi de combat ? Ah c’est pour la rime ! Donc au boulot !
Toutes ces filles qui gesticulent autour de moi en arrivent à me faire oublier la Moulette et son tangage mortel pour mon maintien d’alimentation corporel. L’odeur, que dégagent toutes ses demoiselles m’excite au plus au point, mais elles n’ont qu’une seule chose en tête et ça n’est pas mon plaisir personnel ! Peut-être qu’en me badigeonnant avec le sirop d’érable que contient sûrement ce navire … Aussitôt, je me mis à organiser, moi aussi, le futur (et mon premier) abordage ! La Moulette ressemblait à une fourmilière humaine ayant reçu un coup de fourche malencontreux dans la niche royale ! Je ne savais plus où poser ma main … sans prendre de claque …
A l’abordage !
Par Clüpchnick, Samedi 29 Octobre 2005 à 18:23 GMT+2 dans Carnet de Bord de "La Moulette" (article, RSS)












