La Moulette, le commandant, les pirates, la mer et moi! (Episode 3)
J’étais aussi à l’aise sur « La Moulette » qu’un gastéropode de course dans un bac à sciure ! Mon désarroi alla de mal en pis quand je vis la tête des marins qui m’entouraient en souriant de toutes leurs dents. Je n’avait jamais vu ça … elles étaient toutes là (trente dedans et deux dehors)! Sûrement astiquées à la brosse en poil de loutre avec dessus une pâte à la cendre de cèdre irlandais et de miel d’acacia ! J’avais déjà entendu parler de cette recette par des corsaires arabes mais je n’en avais pas vu les effets… Saisissant … J’en reviens à mes marins de « La Moulette ». Les matelots étaient en fait des matelotes et elles se raillaient de ma pauvre petite personne encore toute étourdie, en m’appelant … capitaine ! Du Style : « T’as vu le capitaine ? Beau p’tit cul ! » « Qu’il est mignon ce capitaine, avec son croquignolet crochet ! » « Dis capitaine ! Tu viendras essayer mon hamac ? » Et caetera et caetera …Mon œil n’en croyait pas mes oreilles qui bourdonnaient de tant de piaillements quand une voix plus forte attira mon attention ainsi que la leur. « Bon les filles, c’est pas l’tout mais il y a du boulot ! Il faut raccommoder les voiles au point de croix, astiquer les sabres d’abordage à la peau de chamois, un petit coup de serpillière sur le pont ne lui ferait pas de mal, la barre à tenir car on tourne en rond et surtout la tambouille à préparer ! Que pensez-vous d’un riz de veau à l’ancienne ? Allez, c’est parti ! » Les «piratesses », puisque s’en étaient, saluèrent le commandant et s’affairèrent aussitôt aux diverses taches qui leur étaient assignées. Le commandant s’approcha de moi tout en renouant ses cheveux derrière sa tête, en remontant son corset et en vérifiant si son vernis à ongle n’avait pas d’accroc. Pas facile à faire et pourtant …
Sa bouche était aussi bien ourlée que le bas de ton corsaire (pantalon à jambes courtes) et le reste de son galbe faisait oublier aisément la forme inesthétique d’une barrique à viande salée. Vous savez ce qu’elle m’a dit ?
« Capitaine Clüpchnick vous voilà, par la volonté de votre mère, commandant en second sur « La Moulette » et en tant que tel, je vais vous demander de me seconder. » A la seconde où elle m’a dit cela je décidai d’oublier mon envie de revoir les mamelons avenants des côtes si lointaines pour essayer, plutôt, de lui rallier les siens beaucoup plus proches. Ma carrière de pirate commençait de belle manière ! Après m’être mis le crochet dans mon œil valide en voulant la saluer (mais sans conséquence vu qu'il est en caoutchouc ... merci papa), je décidai de prendre mon poste à côté d’elle sur le gaillard arrière tout en essayant de me rappeler où se trouvait bâbord par rapport à tribord et inversement !
Elle sentait bon l’air salin ma commandante et pour une fois je bénissais la mer et la mienne de me trouver sur un navire comme « La Moulette ».
Un petit renvoi par-dessus le bastingage me rappela tristement la dure réalité du moment. Ma période marine risquait de nuire sérieusement à mon embonpoint de jeune homme. En revanche, en examinant l'aspect positif de ma situation, j’espérais bien être déniaisé avant mon retour sur terre. Il y a bien un méchant pirate sur ce bâtiment qui m’apprendra la vie entre deux tâches ménagères !
Par Clüpchnick, Mardi 20 Septembre 2005 à 20:54 GMT+2 dans Carnet de Bord de "La Moulette" (article, RSS)












