Clüpchnick

Pitre 12 … Chat t’en vue !

"... C’est un fantasme à ma Touffe, c’est le p’tit nom de Poulette. Du temps qu’elle y était encore au château, les bonniches s’f’saient des trucs dans sa chambre quand c’est qu’elle était ailleurs ..." (extrait)


Où étaient-ils donc, le soir où la jeune Armelle a fini tragiquement son solo de contrebasse ? Wilbur et Guislaine baissèrent la tête dans un ensemble parfait et admirèrent le sol de marbre de la cuisine en se demandant si de la tomette n’aurait pas été mise plus en valeur avec la couleur de la hotte aspirante. Je réitérai la question avec un peu plus d’insistance en les menaçant de ne pas boire leur cochonnerie de thé et de rester là jusqu’à ce qu’ils me répondent. Un éclat de colère jaillit furtivement (C’est possible la preuve !) du regard des yeux de Wilbur. Eh oui, il devrait attendre avant de montrer le perfectionnement de sa brouette à deux roues à sa « chair » et tendre. C’est Guislaine qui se décida la première.
« Nous ne pensions pas du tout à mal. Mais, avec Wilbur, nous voulions … »
« Ne t’abaisse pas poulette, tu es d’la haute … Laisse je vais lui bonnir le truc. Nous avons attendu que sa patronne soit partie avec cette éponge de Georges. Normalement la gosse devait leur filer l’train, mais au dernier moment elle leur a posé un lapin. Moi et Poulette ça n’nous arrangeait pas, mais comme la môme Armelle était plus intéressée par son gros engin à cordes plutôt que par celui des mecs, on s’est gaffé avec Poulette, qu’elle frotterait encore du boyau jusqu’à minuit c’qui nous laissait d’la marge pour ce qu’on voulait faire. C’est un fantasme à ma Touffe, c’est le p’tit nom de Poulette. Du temps qu’elle y était encore au château, les bonniches s’f’saient des trucs dans sa chambre quand c’est qu’elle était ailleurs. Notez, j’suis pas une balance, mais y avait prescription, c’est moi que j’lui est raconté quand elle s’est radinée à la maison … Fallait bien trouver des sujets de conversation au début … J’aurai voulu vous y voir vous ! Votre ex patronne que vous lui taillez toutes ses haies, arrosez ses fleurs etc.… etc.… qui s’pointe la queue entre les jambes, pardon Poulette mais c’était comme j’lui dis, pour vous demander de coucher chez vous parc’qu’elle a plus d’toit et plus qu’moi qui puisse y faire quelque chose. Ça vous fait tout bizarre de l’intérieur. J’pouvais pas lui r’fuser à cette mignonne vu qu’la barraque c’est elle qui m’l’avait fourgué en cadeau de quand elle avait gagné l’concours du plus beau jardin de France grâce à ma pomme. Donc voilà ma Poulette qui m’dit qu’sa patronne se tire et qu’il est temps de réaliser son fantasme. Je renaude un peu vu qu’c’est pas mon genre d’aller faire ça chez les autres en loucedé, mais quand la baronne Guislaine de La Touffe Saint Martin a un truc dans l’caberlot c’est pas la peine de penser à aut’chose. Hein, Poulette ? Donc on a pris notre matos, parce qu’on est pas des voleurs, et nous v’là parti dans la chambre de la mère Marinette. Comme prévu, la gamine faisait pleurer son instrument dans l’petit salon. C’est pas que j’sois comme un «tuperouare » (il a voulu dire hermétique, sûrement) devant d’la grande musique mais là c’qu’elle nous f’sait ça m’faisait pas l’ver les poils comme quand ma Touffe elle masse mes arpions ! Enfin, bref on s’installe au pieu et on fait c’qu’on était venu pour. C’qui n’empêche qu’on avait quand même les feuilles (oreilles) qui traînaient vers le petit salon au cas où la gamine serait v’nue voir par là, rapport au bruit qu’on aurait pu faire. Mais elle ne nous a pas dérangé, donc on n’la pas vue ! »
La baronne semblait glisser sous la table pendant les explications de Wilbur. Le rouge de la honte lui montait au front comme un poilu de 14/18 au sien. Une femme de son ex rang se rabaisser à des choses aussi futiles ! Ça ne la mettait pas dans une position avantageuse. Il est vrai que je ne m’attendais pas du tout à un alibi de cet acabit! Histoire de la mettre un peu plus à son aise, je lui dit, que même à son âge, il fallait bien que jeunesse se passe ! Allez, je vais même jusqu’à siroter du bout des lèvres la flotte tiède aromatisée en disant que c’est un délice, que j’ai jamais rien bu de pareil (ce qui est vrai) que si elle avait une bouteille plastique j’en amènerai bien un peu au bureau etc. … Elle se remplume un peu et, comme si elle venait d’avoir un déclic elle demanda à Wilbur :
« Tu as oublié un détail, mon Ouioui chéri (Wilbur), la voiture qui s’est arrêtée devant la maison. Nous avons cru à un retour soudain de Marinette. J’ai dû me lever précipitamment pour aller vérifier à la fenêtre. Mais c’était une fausse alerte, la voiture s’est en allée presque aussitôt. Il était environ 21 : 30 je crois. Non, je n’ai pas vu qui c’était parce que Ouioui m’a ramenée aussitôt sur … le lit. Nous sommes repartis, une fois notre … méfait accompli, vers 23 : 15 et il était temps, car Marinette arrivait avec M. Georges. Armelle répétait toujours dans le petit salon. Oh oui j’en suis sûre car Ouioui a fait une remarque comme quoi depuis le temps qu’elle répétait, elle ne réussissait toujours pas à jouer sans se tromper. Mais je vous en supplie M. Clüpchnick ne dites pas à Marinette ce que nous avons fait, elle me congédierait et je n’y survivrai pas ! Que j’ai honte ! » Il y avait encore une petite question qui me turlipinait et je me hâtai de leur poser avant de les quitter.
« Laisse Poulette, je vais lui dire. Son fantasme, c’était d’aller manger des biscottes dans le lit de Marinette. Tant qu’à faire, on s’est tortoré tout un paquet avec du pâté de foie gras du Père Igor avec un petit blanc liquoreux, pas sec du tout, qu’on s’est torché dans la soirée. J’vous dis pas, on a eu du mal à sortir du pieu avant l’heure fatidique. Hein, ma Touffe ? C’est ce que te faisaient les bonniches du temps de ta splendeur ! Qu’est-ce qu’elle a pu s’gratter ma Poulette ! J’vais vous raccompagner, parc’qu’un mec qui s’enfile sans broncher sa saloperie de thé aux herbes exotiques n’est pas foncièrement mauvais. Je vais vous dire un secret : moi, j’ai jamais pu ! »

Vos commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Autres publications sur le sujet

Aucune référence pour le moment.

Vous pouvez faire référence à votre publication en utilisant ce rétrolien

Commenter cet article

*


Pour être sûr... combien font 1 + 3 ? *

Se souvenir de moi


Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Votre commentaire sera affiché en texte brut à l'exception des liens